Reactable sur iPad et iPhone

Reactable est disponible depuis quelques temps sur iPad et iPhone (ainsi que sur Androïd), j’ai donc pris le temps de tester ce soft sur mon iPad2. Se voulant une réplique plus petite du moteur de reactable version hardware, la célèbre « table-synthèse » clinquante, j’étais bien curieux de voir ce que cela pouvait donner… petite review rapide (et partiale).

Reactable sur iPad se présente comme une émulation de la table Reactable hardware : un cercle bleu, sur lequel différents modules audio vont venir se positionner et interagir entre eux pour produire un son. Dans l’esprit Reactable ressemble à un modulaire doté d’un design plutôt moderne, nous dispensant de la partie cablage parfois fastidieuse.

Sans avoir lu le manuel, on s’y retrouve de prime abord plutôt bien dans les différents menus qui sont clairs et bien présentés. L’interface est plutôt jolie, c’est assez coloré. Les modules sont accessibles et ce n’est jamais le foutoir sur la table (et c’est d’ailleurs impossible de surcharger la table, on y reviendra). En revanche, j’ai quelques doutes sur la maniabilité sur iPhone… je ne l’ai pas testé mais ayant parfois eu du mal à cliquer les plus petits controleurs des modules (sur le coté des modules) avec l’iPad, j’ai de sérieux doutes sur la maniabilité avec l’iPhone. J’ai commencé mon exploration du soft par l’écoute des « tables » (presets) fournies avec le logiciel, qui sont autant de demos du logiciel. Il n’y en a pas plus d’une douzaine de mémoire, on a vite fait le tour. A aucun moment je ne me suis trouvé transporté. Ni même titillé par un son quelconque un peu original. Un peu déçu de ce premier jet, mais on sait tous combien les presets d’usine sont mauvais la plupart du temps, quel que soit le support… qu’à cela ne tienne, je vais faire ma propre table et tirer la quintessence du logiciel. Bien entendu.

J’ai donc immédiatement chargé une « new table » et commencé à explorer les différents modules disponibles. Petit tour d’horizon, on trouve 4 catégories de modules : Generators, Effects et Filters, Controllers et Global Controllers. Les noms sont assez parlants pas besoin de s’étendre.

Coté générators, on trouve deux oscillos, et 6 lecteurs de samples. pour en ajouter un à la table, il suffit de le faire glisser depuis le menu du bas de l’écran vers la table. Pour l’enlever, faites le glisser en dehors de la table. L’interface est vraiment confortable, et tout est l’avenant : on mute une sortie en « coupant » la connexion audio entre le module et la sortie avec le doigt, plusieurs paramètres sont modifiables depuis la table par un « double-clic+drag haut/bas » etc… côté filtres et effets on a un panel réduit des effets les plus courants : filtre, modulator, waveshaper et delay. Basique. Les controllers sont au nombre de 4 : deux séquenceurs, un LFO et un accelerometer. Il y a enfin les Global Controllers, qui sont un master volume, song settings et tonality (eux aussi assez parlants).

Maintenant discutons de l’intérêt de tout cela, et surtout du son.

Avant même de parler de son d’ailleurs, il faut souligner une chose importante : le nombre de modules cité ci-dessus est fixe! Il est donc impossible d’ajouter plus de deux oscillos en tout, ou 4 loop players (+2 sample players), ou… deux séquenceurs ou un malheureux LFO. Pour une approche « modulaire » le nombre de modules disponibles est limite risible. Le panel de modules dispo étant déjà très limité, se voir restreindre le nombre d’occurence de chaque module est un coup très dur porté à l’utilisateur.

Les oscillos pourtant assez basique sont le point fort à mon sens, puisqu’ils permettent d’ajouter jusqu’à 2 subs oscillateurs paramétrables par oscillo (pour un total de 3 oscillos par module oscillateur finalement). Autre avantage, l’entrée audio. Avec le matériel compatible (à acheter en plus) qui permet de brancher un line in, on peut traiter tout signal entrant. De la même façon les loop players peuvent charger plusieurs samples persos importables via iTunes dont 4 sont interchangeables directement depuis la table. Le delay est correct quand à lui.

Et le son dans tout ça? Et bien la encore allons droit au but, c’est un joli raté. Les oscillos sonnent tout juste correct, pas de grain particulier mais ils font le job. En revanche ça se corse en arrivant au filtre. Difficile d’en extraire quoi que ce soit d’intéressant, le son, étant franchement peu chaleureux. Par ailleurs, il faut lui réserver un séquenceur pour déclencher l’enveloppe dédiée au filtre, ce qui est déjà assez limitant (on aurait aimé un audio trigger…), mais en plus cette enveloppe est tout à fait calamiteuse. Une mollesse à faire s’endormir un free-parteux sous acid. Mais ce n’est rien face à l’unique LFO, qui à mon sens bat des records d’inutilité. L’amplitude de modulation est très limitée, et le signal de sortie est tellement étagé qu’il produit des effets d’escalier affreux. Appliqué au pitch d’un oscillateur je préfère taire le résultat…

Bref, après un test plus ou moins extensif des différents modules (c’est franchement rapide), j’en suis arrivé à me demander si c’était une blague de la part des développeurs. A mon sens, ce soft n’est qu’une jolie arnaque, fondée sur l’aspect graphique attirant de la table hardware grand format. Rien n’a retenu mon attention, pire, chaque étape a été une déception de plus. Tous me semble baclé, même l’utilisation du processeurs est extrêment mal gérée, puisque ce soft ne tourne pas sur iPad1, et qu’il est recommandé de le faire tourner seul. Là encore c’est risible, compte tenu du peu de fonctionnalités audio et quand on voit ce que propose la concurrence, il y a de quoi s’interroger… L’interface graphique monopolise sûrement l’essentiel du processeur de l’iPad, ce qui je pense explique la faiblesse des perfs audio.

En conclusion, je n’aurait même pas le plaisir de cataloguer ce soft comme « marrant à utiliser une fois ou deux, sampler et jeter ». Je passe directement à la phase 3 qui consiste à virer ce polluant sonore de mon iPad, car après les 10 petites minutes d’amusement à tourner et déplacer les modules sur la table, on se rend compte qu’on a déjà fait le tour, et qu’on ne tirera guère plus de cet outil fort incomplet. Proposé autour de 8€ tout de même, on était en droit d’en attendre beaucoup plus à ce prix, en particulier face à la concurrence qui propose des outil hautement plus intéressants et fun à utiliser.

Pour les néophytes complets le soft n’est pas vraiment adapté à comprendre la synthèse compte tenu de son architecture particulière donc peut didactique. S’il peut jeter de la poudre aux yeux du débutant complet et l’amuser quelques temps comme un jouet rigolo et coloré, un musicien même amateur qui a un minimum d’attentes n’y trouvera qu’une raison de grincer des dents pour avoir perdu 8€ inutilement.

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