Choisir son synthé FM (part 3)

Dernier article consacré à la sélection de synthés FM, pour les plus gros budgets : au dessus de 100€. Après un léger « lag » cet article aurait du être publié il y a un an désolé.

Cableguys Curve

Site officiel

Ergonomie : 3/5 ∞ Synthèse FM : 1/5 ∞ Rendu FM : 4/5 ∞ Extras : 3/5 ∞ 119€

Ce synthé hybride est un ovni. Il est fondé sur une architecture classique, mais la section oscillateur a en annexe une mini matrice de modulation FM, ce qui le rend apte à figurer ici comme outsider en FM 3 opérateurs. Je ne lui consacrerait cependant pas trop de place à cause de cela. Le moteur FM du synthé étant limité (osc1 module les 2 et 3, et osc2 module le 3, point barre), l’amateur que je suis est d’emblée un peu frustré… cependant Curve rattrape le coup par un son très convaincant et une ergonomie excellente, mais pas pensée pour les fans de FM en particulier malheureusement. En somme tout est simple d’accès et bien pensé, sans trop de fioriture et leur formes d’ondes éditables à gogo peuvent aussi faire office d’envelopes via les LFO (en mode one shot). Cependant on a aucune info temporelle dans ce cas, et les envelopes « dédiées » (volume) ne sont pas graphique… très dommage ! Entre ce biais et les possibilités FM limitées, il partait mal… Mais coté son, il se rattrape bien. Car le peu qu’il fait, il le fait bien. Ca sonne, pas d’aliasing, c’est « crystal clear » jusqu’en haut du spectre. Il faut donc voir Curve comme un synthé classique, avec des « extras » conséquents en FM plutôt que l’inverse. Il dispose en plus de deux filtre multimodes de très bonne facture qui sonnent vraiment bien pour du VST, ainsi que 4 LFO avec moult options de synchro et.. qui montent à 5kHz ! Si si vous avez bien lu. Les synthés qui proposent des LFO aussi rapides ne sont vraiment pas légion, donc c’est un joli cadeau. Je n’ai pu résister à comparer avec mon filtre analogique dont le LFO monte lui aussi largement à 5kHz : sans surprise le VST peine à reproduire toutes les subtilité et la profondeur de l’analo dans ce genre d’exercice de haute voltige, mais Curve explose allègrement la concurrence virtuelle en la matière… ce qui fait de ce synthé un premier choix pour qui aime les son précis et détaillés mais tout de même assez épais (le filtre aide bien) et extrêmes (FM), le tout servi par une superbe ergonomie (bien que les formes d’ondes dessinables, j’ai toujours trouvé ça un peu gadget perso) et un design plutôt classe. Au final, je ne le retiendrais pas car il ne comble pas mes attentes en terme de synthèse FM pure, mais il reste un synthé vraiment très tentant pour des applications plus classiques.

Rob Papen – Blue

Ergonomie : 2/5 ∞ Synthèse FM : 5/5 ∞ Rendu FM : 2/5 ∞ Extras : 4/5 ∞ 199€

Difficile d’ignorer ce monstre de synthèse qu’est Blue. Avec 6 oscillateurs, son architecture hybride waveshaping/FM/synthèse classique soustractive et ses filtres si fameux, il a plus d’une corde à son arc pour plaire. L’interface est claire, les 6 oscillos assez complets sont accessibles en même temps, deux filtres et les routing sont inscrits directement, pratique. Ensuite le bas du synthé est constitué de différentes pages, d’où on va programmer l’essentiel de notre son finalement, car c’est là que sont toutes les modulations et paramétrages. On trouve une page pour les presets bien sur, puis une page « easy edit » classique sur ce type de synthé mais bienvenue quand même, puis on entre dans la partie synthèse avec une page pour le réglage assez complet (mais peu pratique j’y reviendrais) des algorithmes FM, une page pour la distortion de phase et le waveshaping, 2 pages dédiées aux envelopes (dont 4 multi segments synchronisables au tempo à édition graphique, yes!). On a ensuite une page pour les LFO (8), une pour les step sequencer (3) et une pour les modulations à proprement parler, et encore une pour un arpegiateur, une pour les effets et une page « global ». Archi complet ! Pour le coup le maniac de la synthèse est plus que servi, chapeau l’artiste. Je ne rentrerais pas dans le détail de chacune, mais je vais me contenter d’un résumé global, ce synthé étant très riche. En terme d’ergonomie d’abord. Toutes ces pages, ce n’est pas forcément le plus évident… Rob Papen a pensé à consacrer une large place à ces pages, et utilise des switchs le plus souvent pour passer d’un élément à l’autre (env 1, env 2 etc). Ce qui fait que l’on a souvent besoin de sélectionner un élément avant de l’éditer, parfois par plusieurs manoeuvres, ce qui ne rend pas les choses très simples. Il y a en plus énormément de paramètres disponibles le plus souvent (par exemple les LFO ont pas moins de 10 paramètres !) ce qui rend l’édition d’un son quasi illimitée mais potentiellement aussi très longue pour des patchs complexes à coup d’aller et venues entre les pages et les sous pages. Gros point noir du synthé à mon sens, mais en même temps je ne peux juger trop durement cet aspect, car avec autant de possibilités, il est difficile de garder un esprit « un bouton une fonction » et tout a été pensé de manière relativement logique. C’est cependant le petit revers de la médaille avec cette synthèse très technique, il faut aussi savoir ce que l’on veut (bien que je vois parfois les choses de façon différente mais j’en reparlerais une autre fois). L’algorithme FM est sélectionné par menu déroulant parmis des combinaisons possibles (32 algos en tout) pas toujours évidentes à lire bien que logiques (question d’habitude?). Cela peut sembler peu, et ça l’est, surtout que c’est tout sauf pratique. Mais en dehors de ça on peut pratiquement tout faire avec Blue, l’architecture est énorme. La page de modulation est composée de 20 points et en gros tout est assignable à tout, et tout les aspects du synthé ont fait l’objet d’une attention particulière. Tout est réuni, malheureusement l’interface n’est pas toujours des plus confortable compte tenu des possibilités. Blue est taillé pour les sons complexes. Son interface avancée lui permet beaucoup de choses, mais lorsqu’il s’agit de programmer un « petit son vite fait » c’est moins direct que la plupart des synthés concurrents. D’utilisation, il se révèle même frustrant dans certains cas. Par exemple, après avoir fait une base de travail utilisant par exemple 2 ou 3 oscillos, on a parfois besoin de modifier l’algorithme. Ce faisant, on modifie souvent l’oscillateur porteur, ce qui conduit à un résultat qui n’a plus rien à voir avec notre base. Trouver la combinaison qui va bien se révèle alors assez fastidieuse, voir impossible (pas d’algo adapté). Ce qui rend la structure algorithmique d’un patch assez figée dans l’absolu, contrairement aux synthés disposant d’une matrice directe. Ceci est un peu limitant dans le processus créatif je trouve. Côté son, Blue est un synthé interessant. Son principal atout est de sonner très souvent chaud. Son filtre n’y est pas étranger, il sonne admirablement. Mais les oscillos eux même sonnent plutôt bien… quand on reste sage. Car Blue est bouffi d’aliasing, et pas comme sur FM8. Du coup les patchs utilisant des modulations FM aux fréquences très élevées finissent par tous se ressembler : une bouillie informe, fade et pleine d’artefacts dans le haut du spectre. Gloups. Mais du coup les leads et basses sonnent plutôt bien, c’est chaud et ca vibre pas mal sur certains patch. Il a cette particularité de pouvoir faire des leads/bass bien présent, chauds mais en même temps distordus à coup de waveshaping ou de synchro, et les envelopes multi segments aident à donner des grooves intéressants. Autre écueil ces envelopes bien qu’ayant la synchro, n’ont pas de calage à la grille, ce qui rend l’édition nettement plus lente, dommage sachant qu’il faut déjà du temps pour programmer ce synthé. Au final je suis mi-figue mi-raisin comme on dit. Il a tout (hormis cet agaçant choix d’algo par preset et l’absence de calage des envelopes) ce qui en fait sans doute le plus puissant synthé FM software à ma connaissance, mais la programmation s’avère assez fastidieuse et demande donc une habitude avant de pouvoir exploiter au mieux la bête. Enfin le son, qui me laisse un goût amer. Car Blue a un gos son dans l’absolu, de beaux effets aussi, mais il est incapable de faire grincer un seul son correctement. Là ou FM8 arrive à exploser nos tympans, lui qui pourtant a des réglages encore plus extrêmes fait pâle figure. Le rendu FM me semble assez grossier dans l’ensemble (voir catastrophique dans le haut du spectre donc) et on obtient difficilement des sons vraiment incisifs ou gras avec la FM de Blue. Il faut recourir à des trésors de patience et d’ingéniosité pour lui en tirer sa substantielle moelle : il est exigeant mais ne nous le rend pas tout le temps. A 200€ je pense qu’on était en droit d’attendre mieux, je suis assez rebuté par Blue au final. Une pléthore de modulations et de possibilités ne font pas tout malheureusement…

FXpansion – D.CAM synth squad

Ergonomie : 5/5 ∞ Synthèse FM : 1/5 ∞ Rendu FM : 5/5 ∞ Extras : 2/5 ∞ 189€

Je vais aller assez vite sur ce « quad synth ». En matière de FM, seul Cypher a des possibilités de modulation dans l’audio. Et non des moindres. Je ne parlerais donc que de Cypher rapidement car il embarque bien de la FM, mais elle reste limitée en possibilités. Je recommande cependant très chaudement le synthé car rien que Cypher justifie presque l’achat à lui seul, mais Amber avec son filtre à formant est franchement une belle réussite aussi. Bref, revenons à Cypher. L’interface est très jolie est surtout très maniable et précise, agréable. C’est un peu fouillis, mais on fini par s’y retrouver assez bien après quelques instants dessus. Les modulations sont gérées par des gros slots en haut du synthé, et l’amplitude se défini directement sur le potard (comme sur Massive), très pratique, et très complet en terme de possibilités ! Côté FM : et bien en gros on ne dispose que de 3 possibilités pour moduler dans l’audio : l’oscillateur 3 module l’oscillateur 2, et l’osc 2 module la forme d’onde de l’osc 3 dans l’audio. Plus un bonus : on peut aussi moduler les filtres dans l’audio. Ca fait cependant bien peu de possibilités. Malgré cela, Cypher a de gros mérites en terme de son. Ce qui sort de ce plug est vraiment excellent. Aucun aliasing, le haut du spectre est d’une précision et d’une chaleur redoutable, les sons de basses sont vibrants, présents, et on peu facilement passer de la grosse basse au lead agressif en jouant sur la FM ou le WS ou encore les « scales » qui permettent de régler les pitchs des oscillos 2 et 3 relativement à l’osc 1. On peut aussi moduler tout ça à loisir ce qui étend les possibilités. Avec seulement 2 potards Cypher tape plus fort qu’un bon nombre de concurrents. Leurs algos de calcul de la FM sont assez bluffants et la palette sonore est étonnamment variée. On aimerait vraiment en avoir plus à se mettre sous la dent. Le résultat est certes très coloré, mais vraiment agréable, précis, puissant et original. Je n’ai pas réussi à prendre le synthé en défaut, tout ce qu’il fait, il le fait très bien. Il sort même des sons que je n’ai entendu nul part ailleurs, des trucs assez incroyables avec des modulations très extrêmes. Pour ceux qui cherchent un synthé FM pur, l’investissement est un peu élevé pour 3 potards, mais il est difficile de s’arrêter à cela. Tout bien considéré, on cherche quoi ? Un synthé qui va être capable, partant d’un son « classique », de faire un peu décoller le son en le faisant vibrer/grincer/ronronner ou je ne sais quoi encore. A ce jeu la FM est selon moi très utile, mais ce n’est pas exclusif : D.CAM est tout à fait capable de sortir des sons très convaincants dans tous les registres habituels de la FM, sans pour autant permettre autant que ne le pourrait un synthé FM 6 opérateurs. Son interface chaleureuse et sa facilité de programmation le rende vraiment attachant cependant, et avec le son qu’il a, difficile de résister… Ce qui me vient à l’esprit pour résumer D.CAM : la grande classe !

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